Aller au contenu
BurdiVino

Champagne Roger-Constant Lemaire : le choix de la fraîcheur, à Hautvillers

ChampagneNos vins pépites

Thibaud Lapacherie Par
Les bouteilles Les Hautes-Prières et Cuvée Trianon du Champagne Roger-Constant Lemaire devant les caves de la maison

Il y a des maisons dont on goûte les vins, et d’autres dont on a envie de raconter l’histoire. Roger-Constant Lemaire fait partie de la deuxième catégorie. Cette famille de Hautvillers a fait un choix que très peu de vignerons champenois osent : renoncer à la fermentation malolactique pour garder toute la fraîcheur du raisin, et laisser ensuite le temps faire son œuvre. J’ai ouvert deux de ses cuvées le même soir, à table : Les Hautes-Prières 2014 et la Cuvée Trianon. Ce fut un vrai coup de cœur.

Cinq générations à Hautvillers

Hautvillers, c’est le berceau du champagne, le village de l’abbaye où travaillait Dom Pérignon. La famille Lemaire y cultive la vigne depuis 1860.

Tout commence avec Désiré Lemaire, jardinier et poète, qui achète les premières terres. Son fils Maurice devient viticulteur et agrandit le domaine. Puis vient Roger-Constant, qui donne son nom à la maison. Après neuf ans passés chez Moët & Chandon, il s’installe à son compte en 1945 pour élaborer ses propres champagnes. C’est lui qui fait du nom Trianon l’emblème de la famille, en 1966.

Sa fille Brigitte et son gendre Gilles Tournant portent ensuite le domaine à 12 hectares. Et c’est Gilles qui, au début des années 2000, prend la décision qui va tout changer : arrêter la malolactique.

La famille Lemaire réunie dans les vignes, sur les coteaux de la vallée de la Marne

Aujourd’hui, la cinquième génération est aux commandes. Guillaume, vigneron depuis 2012, veille sur les vignes et les caves. Son frère Sébastien, directeur export et co-gérant, fait connaître la maison bien au-delà de la Champagne. C’est lui qui nous a envoyé ces bouteilles, avec une présentation de la maison qui donne envie de prendre la route pour Hautvillers.

Le pari de la fraîcheur

La grande majorité des champagnes font leur fermentation malolactique. Chez Roger-Constant Lemaire, on ne la fait plus depuis une vingtaine d’années. Un choix que seulement 10 % des vignerons font en Champagne.

C’est un choix exigeant. Un champagne sans malo ne pardonne rien : il faut des raisins parfaitement sains, et il faut accepter de les attendre. Mais le résultat est là, dans le verre : de la fraîcheur, de la tension, une vraie pureté de fruit.

La maison va même plus loin. Ses vins ne sont ni collés, ni filtrés. Ils fermentent avec les levures naturelles du raisin. Et comme le collage a été abandonné il y a une vingtaine d’années, tous ses champagnes sont vegan.

Une vigne cultivée au naturel

Le domaine n’a pas le label bio, mais il en est très proche. Pas d’acaricides, pas de pesticides, pas d’herbicides, pas d’engrais chimiques. Les sols sont travaillés par charruage. Pour renforcer naturellement ses vignes, la maison importe même des algues bio de Norvège. Et elle joue la transparence jusqu’au bout : ses analyses de vin sont publiques et disponibles sur demande.

Guillaume Lemaire allongé dans l’herbe entre deux rangs de vigne, Louna sur le dos

Ce travail est reconnu par deux certifications : Haute Valeur Environnementale de niveau 3 et Viticulture Durable en Champagne. Les vendanges, elles, se font exclusivement à la main.

Le temps comme ingrédient

Sans malo, les vins ont besoin de patience. Chez Roger-Constant Lemaire, on leur en donne. Tous les champagnes passent au moins 4 à 5 ans en cave, et de 8 à 17 ans pour les plus vieux millésimes.

Les millésimes sont élaborés en fûts de chêne. Même la liqueur de dosage est faite maison : artisanale, 100 % pur sucre de canne, elle vieillit elle aussi en fûts de chêne de 300 litres. Et les dosages restent légers, entre 0 et 7 g/L.

Guillaume Lemaire prélevant du vin à la pipette dans un fût de chêne, avec Louna

Résultat : ce sont de vrais champagnes de garde. Contrairement à la plupart des champagnes, ceux-ci continuent de s’améliorer et de développer de nouveaux arômes pendant 5 à 15 ans après l’achat, en particulier la Cuvée Trianon et le blanc de blancs.

Un dîner, deux bouteilles

Je voulais ouvrir les deux bouteilles le même soir, pour pouvoir les comparer. Et chose plutôt rare chez moi, on les a dégustées en dînant, d’un bout à l’autre du repas.

Les Hautes-Prières 2014, sur les fruits de mer

En entrée, quelques fruits de mer rapportés du marché central de La Rochelle : des huîtres et des crevettes. On a commencé par Les Hautes-Prières.

C’est le millésime de la maison, un blanc de blancs premier cru issu uniquement des chardonnays de Hautvillers, sur des vignes de 45 ans. Le vin est élevé neuf mois en vieux fûts de chêne sur ses lies fines, puis il patiente au moins huit ans en cave.

Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est une très belle fraîcheur. Pour un millésime 2014, le vin est étonnamment vif. Il est aussi très fin, et il termine sur une finale saline qui allait parfaitement avec l’iode des huîtres. C’est là qu’on comprend l’intérêt de bloquer la malo : les années passées en fût et en cave ont apporté de la profondeur sans rien alourdir.

Je ne suis pas le seul à l’avoir remarqué. Ce millésime 2014 a reçu en 2026 une Grande Médaille d’or au Concours Mondial de Bruxelles, une médaille d’or au Chardonnay du Monde et une médaille d’argent au Decanter, avec 91 points. Et ce n’est pas un coup isolé : les millésimes 2011, 2012 et 2013 ont eux aussi été médaillés d’or, à Bruxelles, à Paris ou au Chardonnay du Monde.

La Cuvée Trianon, sur un cabillaud en croûte de chorizo

En plat, un cabillaud en croûte de chorizo. Un poisson, oui, mais avec du piquant et du gras : il fallait un champagne qui ait du répondant. C’est le rôle qu’a joué la Cuvée Trianon.

Le Trianon, c’est le fleuron de la maison. Un assemblage de 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay de la vallée de la Marne, vinifié en cuve inox, au moins quatre ans en cave.

Il allie toute la finesse du chardonnay à la puissance et à la structure du pinot noir. Après la tension des Hautes-Prières, c’est un champagne plus ample, gourmand et authentique. Sa structure lui permet de tenir tête au chorizo sans écraser le cabillaud.

Le palmarès suit : médaille d’or au Concours Mondial de Bruxelles quatre années de suite, de 2023 à 2026, après une Grande Médaille d’or en 2021. Le Trianon a aussi décroché l’argent au Decanter 2026, avec 90 points.

Fiche cuvéesLes Hautes-Prières 2014Cuvée Trianon
Cépages100 % chardonnay60 % pinot noir, 40 % chardonnay
TerroirHautvillers, premier cru, sol calcaireVallée de la Marne, sol argilo-calcaire
Vinification9 mois en vieux fûts de chêne sur lies finesCuve inox
MalolactiqueNonNon
Vieillissement minimum8 ans4 ans
DosageBrut, 6 à 7 g/LBrut, 6 à 7 g/L
Notes de la maisonCéréales chaudes, grillé, moka, bergamote, gingembreNoisette, jasmin, mirabelle, citron, thé vert
Arômes clés (panel de la maison)Craie, fût de chêne, gingembre, vanilleCitron, fleur d’oranger, thé vert
Accords de la maisonTurbot, cabillaud, petit gibier, émincé de canardSaint-Jacques, crustacés, foie gras chaud au ratafia
Prix public60,20 € TTC40,20 € TTC

Le reste de la gamme

Ces deux bouteilles ne sont qu’une partie de la maison. La gamme classique compte aussi :

  • Le Sélect Réserve, un 100 % meunier de la vallée de la Marne, fruité et structuré
  • Le Zéro Dosage, la nouveauté de la maison : un blanc de meuniers sans aucun sucre ajouté
  • Le Trianon 66, qui reprend l’assemblage du Trianon avec une année de maturation supplémentaire sous bouchon après le dégorgement, en hommage à l’année où Roger-Constant en a fait l’emblème familial
  • Le Rosé de Saignée, moitié pinot noir, moitié meunier, coloré par la macération des peaux et non par un ajout de vin rouge. Une méthode rare : seulement 5 % de la production française est un rosé de saignée, sans vin rouge

Et pour les grandes occasions, la gamme luxe : la Cuvée Collection, assemblage des trois cépages, numérotée et limitée à 2 300 bouteilles par an. Le millésime actuellement en vente est le 2010 : 16 ans d’âge. Et un Blanc de Blancs luxe premier cru, en extra brut, après au moins 10 ans de cave.

Le tout a été récompensé par plus de 180 médailles en vingt ans, du Decanter au Concours Mondial de Bruxelles, en passant par le Concours Général Agricole de Paris, le Berliner Wein Trophy et le Glass of Bubbly à Londres. Même le Zéro Dosage, la dernière-née, a pris l’argent au Decanter deux années de suite, en 2025 et 2026.

Visiter le domaine

Le meilleur moyen de découvrir toute la gamme, c’est encore d’aller la goûter sur place, avec la famille. La maison accueille les visiteurs sur réservation, en français, en anglais ou en néerlandais :

  • Dégustation de 4 champagnes : 17 € par personne, environ 45 minutes
  • Visite et dégustation, du pressoir à la cave : 20 € par personne, environ 1 h 30
  • The Unique Collection, pour goûter les vins rares gardés en cave : 180 € par personne, environ 2 heures
  • Expérience VIP, guidée par Guillaume ou Sébastien, avec 5 champagnes rares et des mets : 250 € par personne, environ 4 heures

Les réservations se font par le formulaire de contact du site ou au 03 26 58 36 79. C’est aussi par là qu’on commande les bouteilles.

Pourquoi j’ai eu un coup de cœur

Ce qui me plaît chez Roger-Constant Lemaire, c’est la cohérence. Pas de malo pour garder la fraîcheur, pas de filtration pour garder la matière, des années de cave pour que le vin se fonde, une vigne travaillée sans chimie, et des dosages légers pour ne rien masquer. Chaque choix va dans le même sens, et ça se goûte.

Les Hautes-Prières et le Trianon montrent deux visages de cette philosophie : l’un tendu, fin et salin, l’autre plus généreux et gourmand. Pour un repas de fêtes, l’ordre se fait naturellement : Les Hautes-Prières sur l’entrée iodée, le Trianon sur le plat. Pour la suite du repas, j’ai rassemblé d’autres pistes dans que manger avec du champagne.

Des champagnes faits pour la table, et pour durer : c’est la marque d’une maison qui a choisi la fraîcheur plutôt que la facilité.

Questions fréquentes

Où se trouve le Champagne Roger-Constant Lemaire ?

Dans la vallée de la Marne, au 50 rue de la Glacière, à Cœur-de-la-Vallée. La famille Lemaire cultive la vigne à Hautvillers depuis 1860, et c’est de ce village classé premier cru que viennent les raisins des Hautes-Prières.

Que change l’absence de fermentation malolactique ?

La malolactique transforme l’acide malique, piquant comme une pomme verte, en acide lactique, plus doux. La plupart des champagnes la font. En la bloquant, la maison garde l’acidité naturelle du raisin : des vins plus vifs, plus minéraux, qui vieillissent plus longtemps en cave et se gardent mieux une fois achetés.

Combien de temps peut-on garder ces champagnes ?

Grâce à leur acidité préservée, ils continuent de s’améliorer et de développer de nouveaux arômes pendant 5 à 15 ans après l’achat, en particulier la Cuvée Trianon et le blanc de blancs.

Les champagnes Roger-Constant Lemaire sont-ils bio ?

Ils n’ont pas le label bio, mais la maison n’utilise ni acaricides, ni pesticides, ni herbicides, ni engrais chimiques, et renforce ses vignes avec des algues bio importées de Norvège. Elle est certifiée Haute Valeur Environnementale de niveau 3 et Viticulture Durable en Champagne, et ses analyses de vin sont disponibles sur demande. Sans collage, tous ses champagnes sont aussi vegan.

Combien coûtent ces champagnes ?

Le prix public est de 40,20 € TTC pour la Cuvée Trianon et de 60,20 € TTC pour Les Hautes-Prières 2014. La maison ne vend pas en ligne : on commande via le formulaire de contact de son site ou par téléphone au 03 26 58 36 79.

Peut-on visiter le domaine ?

Oui, sur réservation, en français, en anglais ou en néerlandais. La dégustation de 4 champagnes coûte 17 € par personne, la visite avec dégustation 20 €. Pour aller plus loin, The Unique Collection (180 €) fait goûter les cuvées rares de la cave, et l’expérience VIP (250 €) est guidée par Guillaume ou Sébastien.

Nous suivre sur Google

Résumer cet article avec :

Le lien ouvre le service choisi avec une demande de résumé déjà rédigée.

Partager cet article

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.