Chardonnay 2019 de Chassenay d'Arce : un blanc de blancs né en terre de pinot noir
La Côte des Bar, c’est le royaume du pinot noir. Plus de huit hectares sur dix lui sont consacrés. Alors quand une maison de la vallée de l’Arce sort un blanc de blancs, elle va chercher le cépage qui occupe à peine 10 % de ses surfaces. J’ai ouvert ce Chardonnay 2019 un vendredi soir, pour fêter le début du week-end, sur un apéritif dînatoire à quatre. Attaque très vive, de l’élégance, et ce petit supplément de gourmandise légèrement miellée que le millésime lui apporte. Très apprécié par tout le monde autour de la table.
| Fiche cuvée | Chassenay d’Arce, Chardonnay 2019 Blanc de Blancs |
|---|---|
| Maison | Chassenay d’Arce, Ville-sur-Arce (Aube), maison de vignerons |
| Appellation | AOP Champagne, Côte des Bar |
| Millésime | 2019 |
| Cépage | 100 % chardonnay |
| Vinification | Cuverie inox thermorégulée, une partie sous bois |
| Vieillissement | 5 ans sur lies |
| Dosage | Extra-brut, 5 g/L |
| Alcool | 12 % |
| Service | 8 à 12 °C, dans un grand verre à vin blanc |
| Prix | Environ 37 € au caveau |
Une coopérative qui ne ressemble pas à une coopérative
Chassenay d’Arce naît en 1956, fondée par cinq pionniers à Ville-sur-Arce, dans l’Aube. Soixante-dix ans plus tard, ce sont environ 150 familles de vignerons réparties sur seize villages le long de l’Arce, pour 315 hectares. C’est la plus importante coopérative champenoise en surfaces collectées.
Le mot « coopérative » traîne parfois une réputation de volume et d’uniformité. Ici, la maison se présente comme une maison de vignerons et le fonctionnement d’origine perdure : chaque famille apporte sa récolte, et quatre générations se sont succédé sans que le modèle change.
Sur le volet environnemental, près de 25 hectares sont certifiés en agriculture biologique, 80 % des exploitations sont labellisées Vignerons Engagés et 62 % certifiées HVE et VDC.

La vallée de l’Arce, la Champagne qui regarde la Bourgogne
On est tout au sud de l’aire d’appellation, plus près de Chablis que de Reims. Et ça change la donne géologique : ici, pas de craie, mais du calcaire kimméridgien, exactement le même que celui des grands blancs chablisiens situés à une cinquantaine de kilomètres.
C’est un détail qui a son importance pour un blanc de blancs. Le chardonnay planté sur ce sol-là ne donne pas la même chose que sur la craie de la Côte des Blancs : moins de tension pure, davantage de matière et de générosité.
J’ai détaillé ces différences régionales dans mon dossier sur les régions du Champagne, où la Côte des Bar apparaît justement comme la région la plus atypique des quatre.
10 % des surfaces, et une cuvée entière
Voilà ce qui rend cette bouteille intéressante. Dans la Côte des Bar, le chardonnay est minoritaire. Chez Chassenay d’Arce, il représente 10 % des surfaces. La maison aurait pu le laisser dans les assemblages, là où il arrondit discrètement les angles du pinot noir.
Elle a fait l’inverse : une cuvée millésimée qui ne contient que lui, dans la gamme Les Caractères, celle qui met chaque cépage en avant séparément. Le Pinot blanc 2016 de la même collection pousse la logique encore plus loin, sur un cépage qui couvre 0,3 % de l’appellation champenoise.
Ce n’est pas la première fois que je croise ce genre d’anomalie heureuse. La cuvée Tradition d’AL Chatillon fait la même chose depuis Villers-Marmery, îlot de chardonnay perdu en pleine Montagne de Reims. Deux régions à pinot noir, deux blancs de blancs à contre-courant.
Comment il est fait
Vinification en cuverie inox thermorégulée, avec une partie du vin élevée sous bois. Puis cinq ans de vieillissement sur lies, bien au-delà des quinze mois minimum exigés par l’appellation pour un millésimé.
Le dosage est de 5 g/L, ce qui le place en extra-brut. Peu de sucre, donc peu de maquillage : à ce niveau, un vin qui manquerait de matière se verrait tout de suite. Pour comprendre ce que change le dosage, j’y ai consacré un article entier.

La contre-étiquette donne deux informations que beaucoup de maisons gardent pour elles : le dégorgement, ici 02/2026, et le dosage au gramme près. Connaître la date de dégorgement permet de savoir depuis combien de temps le vin vit avec son dosage, et donc où il en est de son évolution. Huit mois dans mon cas, le vin était encore sur sa jeunesse.
Le chef de cave Romain Aubriot décrit 2019 comme un millésime « particulièrement réussi, affichant déjà une grande harmonie et un excellent potentiel de garde », avec des raisins arrivés à maturité optimale dans un état sanitaire exceptionnel.
Dans le verre
Un vendredi soir, quatre personnes, un apéritif dînatoire monté à la maison : cakes salés, petites quiches, houmous, gressins aux olives.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’attaque très vive. Ça réveille, c’est franc, il n’y a aucune hésitation au moment où le vin arrive en bouche. On sent le dosage bas, et c’est tant mieux.
Et puis il y a l’élégance. C’est un champagne qui ne force rien, qui reste fin de bout en bout. J’ai trouvé l’équilibre très réussi entre cette fraîcheur de départ et ce qui suit.
Parce que le millésime 2019 apporte une petite gourmandise, légèrement miellée. C’est cette nuance qui fait la différence avec un blanc de blancs purement tendu : il y a de la matière, une rondeur discrète qui arrive en milieu de bouche et qui rend le vin plus facile à partager.
La maison, elle, décrit au nez un registre de fruits blancs : poire, pêche de vigne, relevées d’une touche d’agrume. Et en bouche, elle attribue à l’élevage sur lattes de fines nuances de miel d’acacia, avec une finale « délicatement miellée ». Sur ce point, je les rejoins complètement.
À table
L’apéritif dînatoire lui va très bien, et c’est d’ailleurs le premier accord que recommande la maison. Avec des bouchées salées variées, sa vivacité fait le travail : elle nettoie le palais entre deux choses et ne sature jamais.
Pour aller plus loin, il accompagne aussi un plateau de fromages affinés, des araignées de mer, des gambas grillées au barbecue, un filet de porc ou une bûche glacée aux fruits jaunes.
Service entre 8 et 12 °C, et dans un grand verre à vin blanc plutôt qu’une flûte. Sur un vin de cinq ans de cave, la flûte enferme tout ce qui fait son intérêt.
Ce que je retiens
Trente-sept euros, c’est un vrai budget. Mais on a là un millésimé avec cinq ans de cave, un dosage bas qui ne triche pas, et un cépage travaillé à contre-emploi de sa région.
Ce qui me plaît dans cette bouteille, au-delà du verre, c’est l’idée. Une maison qui représente la Côte des Bar et son pinot noir, et qui prend le temps de montrer ce que son terroir donne avec les 10 % de surfaces qu’on remarque le moins.
Un blanc de blancs né là où on ne l’attendait pas, et qui n’a rien à prouver à personne.
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