Champagne Laurent Lequart : le meunier dans tous ses états
Le Champagne Laurent Lequart, c’est une maison de récoltant installée à Passy-Grigny, dans la vallée de la Marne, qui a fait du meunier sa marque de fabrique. J’ai ouvert trois de ses cuvées le temps d’un apéritif : le Réserve Extra Brut, le Blanc de Meunier Brut Nature et le Prestige Extra Brut. Même cépage, même vallée, et pourtant trois caractères bien distincts, du plus gourmand au plus charpenté. C’est exactement ce qui rend cette maison intéressante.

Laurent Lequart, vigneron de la vallée de la Marne
Passy-Grigny se trouve à l’ouest d’Épernay, sur la rive droite de la Marne, dans le secteur que l’Union des Maisons de Champagne nomme justement « Vallée de la Marne Rive Droite ». Ici, on est loin des grands crus de la Côte des Blancs. Les villages sont classés autre cru, les sols sont faits d’argile, de calcaire et de sable, et le cépage roi s’appelle le meunier. Il supporte mieux les gelées de printemps que ses deux voisins, et il s’épanouit sur ces coteaux argileux.
Laurent Lequart représente la quatrième génération de vignerons de la famille. Sa première vendange date de 1988. Il exploite aujourd’hui 11,40 hectares sur quatre villages : Passy-Grigny, Sainte-Gemme, Verneuil et Champvoisy. Vendanges à la main, sélection des parcelles, et une double certification environnementale : Haute Valeur Environnementale (HVE) et Viticulture Durable en Champagne (VDC).

La HVE est le troisième et plus haut niveau de la certification environnementale publique créée après le Grenelle de l’environnement. Elle porte sur l’exploitation entière, autour de quatre thématiques : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et de l’eau.
La VDC est propre à la Champagne. Lancée en 2001 par le Comité Champagne et devenue une certification en 2014, elle intègre la totalité des exigences HVE puis ajoute ses propres marches : préservation des terroirs et des paysages, gestion des effluents et des sous-produits, réduction de l’empreinte carbone. Autrement dit, elle ne se pose pas à côté de la HVE, elle la contient et va plus loin. La filière vise 100 % des surfaces certifiées à l’horizon 2030.
Ni l’une ni l’autre n’est un label bio, ce sont des démarches de progrès environnemental vérifiées par audit externe.

La ligne de la maison tient en une phrase de son catalogue : des dosages bas et des vieillissements plus longs pour tous les vins. Autrement dit, peu de sucre pour maquiller le vin, et du temps en cave pour lui donner de la texture. La gamme est large, du demi-sec au millésimé, en passant par une saignée de meunier et un coteaux champenois rouge. Les trois cuvées que j’ai reçues en donnent un bon résumé.
Pourquoi le meunier mérite qu’on s’y arrête
On le cite toujours en dernier, après le chardonnay et le pinot noir. Le meunier occupe pourtant environ un tiers du vignoble champenois. Longtemps, il a eu la réputation d’un cépage d’appoint : fruité, rond, agréable jeune, mais pas taillé pour la garde.
Des vignerons de la vallée de la Marne se sont mis à le vinifier seul pour prouver le contraire. Laurent Lequart en fait partie. Sur ses trois cuvées, la variable n’est pas le cépage. Ce sont les choix de cave : la part de vins de réserve, la fermentation malolactique, le passage en fût, le dosage. Et chacun de ces leviers change le visage du vin.

Un apéritif, trois bouteilles
Pour les goûter, j’ai choisi le cadre le plus simple qui soit : un apéritif entre amis. Sur la table, mes verrines betterave et Boursin, que je prépare régulièrement et que j’adore, du saumon, du houmous et quelques dés de vieux gouda. Rien de sophistiqué, juste de quoi grignoter en faisant tourner les bouteilles.
On a suivi l’ordre logique, du plus accessible au plus puissant : le Réserve d’abord, le Blanc de Meunier ensuite, le Prestige pour finir. Et franchement, l’ordre se justifie à chaque verre.
Réserve Extra Brut : l’identité de la maison
C’est la porte d’entrée de la gamme, et elle n’a rien d’une cuvée de routine. La bouteille assemble la vendange 2022 et 45 % de vins de réserve, issus de 2021, 2020 et 2018, plus une solera entretenue depuis 2013. Chaque année, une partie de cette réserve perpétuelle part dans l’assemblage, et la récolte nouvelle vient la compléter. Le vin porte donc un peu de toutes les années passées.
Dans le verre, c’est plutôt fruité et gourmand. Un champagne très accessible, qui se laisse boire sans se poser de questions. Et pourtant, il ne tombe pas dans la mollesse : le dosage extra brut, à 4,5 g/L, lui garde une vraie vivacité. Ce mélange de générosité et de fraîcheur, on sent que c’est l’identité même de la maison.
Côté cave : cuve inox, fermentation malolactique complète et 24 mois minimum sur lattes. C’est la bouteille idéale pour ouvrir un apéritif, et celle que je conseillerais à quelqu’un qui découvre le meunier.
Blanc de Meunier Brut Nature : élégant et frais
Changement de registre. Ici, les raisins viennent de vieilles vignes d’une cinquantaine d’années, sur les quatre villages de la maison. Base 2020, avec 20 % de vins de réserve de 2018 et 2019. La malolactique n’est faite qu’à moitié, le vin passe au moins 36 mois en cave, et il ne reçoit aucun sucre au dégorgement : zéro gramme par litre.

Au nez, des fleurs blanches et des agrumes. En bouche, c’est élégant et frais, avec une ligne nette qui tranche avec la gourmandise du Réserve. Le dosage nature y contribue clairement : sans sucre pour arrondir, le fruit des vieilles vignes et la fraîcheur passent au premier plan.
C’est la cuvée des amateurs de champagnes secs. Sa fraîcheur en fait un bon compagnon pour tout ce qui est iodé ou léger, et elle se boit aussi très bien pour elle-même.
Prestige Extra Brut : le meunier sublimé
La cuvée haut de gamme des trois. Toujours 100 % meunier, toujours les vieilles vignes de Passy-Grigny, mais une vinification différente : la moitié du vin fermente en cuve inox, l’autre moitié en fûts de chêne neufs. Base 2019, avec 20 % de vins de réserve de 2018 et 2016, malolactique à moitié, et au moins 48 mois en cave. Dosage à 6 g/L.
Dès la première gorgée, on change de dimension. C’est plus puissant, plus charpenté, avec des arômes de fruits jaunes. Le meunier est ici sublimé par le savoir-faire de la maison : le fût et les quatre ans en cave lui donnent une épaisseur que les deux autres cuvées n’ont pas.
Le Prestige porte bien son nom. À l’apéritif, il a du répondant, mais c’est à table qu’il prendra toute sa place, sur des repas de caractère : une volaille aux morilles, un poisson en sauce, un fromage affiné. La maison conseille de le servir entre 10 et 12 °C, un peu moins froid que les deux autres.
| Fiche cuvées | Réserve | Blanc de Meunier | Prestige |
|---|---|---|---|
| Cépage | 100 % meunier | 100 % meunier, vieilles vignes | 100 % meunier, vieilles vignes |
| Villages | Passy-Grigny, Sainte-Gemme, Verneuil, Champvoisy | Passy-Grigny, Sainte-Gemme, Verneuil, Champvoisy | Passy-Grigny |
| Base | 2022 | 2020 | 2019 |
| Vins de réserve | 45 % (2021, 2020, 2018 et solera depuis 2013) | 20 % (2018 et 2019) | 20 % (2018 et 2016) |
| Vinification | Cuve inox | Cuve inox | 50 % inox, 50 % fûts de chêne neufs |
| Malolactique | 100 % | 50 % | 50 % |
| Élevage minimum | 24 mois | 36 mois | 48 mois |
| Dosage | Extra Brut, 4,5 g/L | Brut Nature, 0 g/L | Extra Brut, 6 g/L |
| Service | 8 à 10 °C | 8 à 10 °C | 10 à 12 °C |
| Prix (75 cl, site de la maison) | 27,90 € | 38,00 € | 54,80 € |
Trois cuvées, trois façons de raconter le meunier
Mises côte à côte, les trois bouteilles forment une vraie leçon. Le Réserve montre ce que les vins de réserve apportent à un meunier : du fruit, de la gourmandise, une forme de constance d’une année sur l’autre. Le Blanc de Meunier montre ce qu’il reste quand on enlève le sucre : des fleurs blanches, des agrumes, de la fraîcheur. Le Prestige montre jusqu’où le cépage peut aller quand on lui donne du bois et du temps.
Pour une table de fêtes, l’ordre se fait presque tout seul. Le Réserve et le Blanc de Meunier à l’apéritif, le Prestige avec le plat. Pour le reste du repas, notre guide que manger avec du champagne donne d’autres pistes.
Côté dosage, les trois cuvées restent sous la barre des 6 g/L. Si les mentions extra brut et brut nature restent floues, notre article sur le dosage du champagne remet tout à plat.
Le meunier n’a jamais eu besoin de pinot noir ni de chardonnay pour exister, juste d’un vigneron qui lui laisse le premier rôle.
Questions fréquentes sur le Champagne Laurent Lequart
Où se trouve le Champagne Laurent Lequart ?
À Passy-Grigny, dans la vallée de la Marne, à l’ouest d’Épernay. La maison exploite 11,40 hectares répartis sur Passy-Grigny, Sainte-Gemme, Verneuil et Champvoisy, sur des sols argilo-calcaires et argilo-sableux. C’est un terroir historiquement planté en meunier.
Que signifie « autre cru » sur l’étiquette ?
C’est la mention des villages champenois qui ne sont classés ni grand cru ni premier cru. Elle ne dit rien de la qualité du vin dans la bouteille : la vallée de la Marne compte beaucoup de vignerons qui font d’excellents champagnes en autre cru, en particulier sur le meunier.
Quelle différence entre extra brut et brut nature ?
L’extra brut autorise jusqu’à 6 grammes de sucre par litre après le dégorgement. Le brut nature n’en reçoit aucun ajout et reste sous les 3 g/L. Chez Laurent Lequart, le Réserve est dosé à 4,5 g/L, le Prestige à 6 g/L et le Blanc de Meunier à zéro.
Qu’est-ce qu’une solera en champagne ?
C’est une réserve perpétuelle : chaque année, on puise une partie du vin pour l’assemblage et on complète avec la nouvelle récolte. Le vin garde ainsi la trace de tous les millésimes passés. Celle de la maison remonte à 2013 et entre dans la cuvée Réserve.
Quelle cuvée choisir pour les fêtes ?
Le Réserve est la plus accessible, parfaite pour ouvrir l’apéritif. Le Blanc de Meunier, frais et élégant, plaira aux amateurs de champagnes secs. Le Prestige, plus puissant et plus charpenté, a l’étoffe pour accompagner un repas de caractère.
À quelle température servir ces champagnes ?
La maison conseille 8 à 10 °C pour le Réserve et le Blanc de Meunier, et 10 à 12 °C pour le Prestige. Servi trop froid, un champagne élevé en partie en fût se referme et perd ce qui fait son intérêt.