Crémant Brut Premium de Bestheim : le crémant d'apéro à 10,50 €
Il y a quelques semaines j’ouvrais le Soléra de Bestheim, leur cuvée anniversaire à 26 €, et je me demandais si un crémant pouvait jouer dans la cour du champagne. Cette fois je suis à l’autre bout de la gamme : le Brut Premium, celui qu’on trouve à 10,50 €. Un apéro à deux, sans occasion particulière. Et la question n’est plus la même : à ce prix-là, qu’est-ce qu’on est en droit d’attendre ?
| Fiche cuvée | Bestheim, Crémant d’Alsace Brut Premium |
|---|---|
| Maison | Bestheim, Bennwihr (Haut-Rhin), cave coopérative |
| Appellation | AOP Crémant d’Alsace, brut |
| Cépages | Pinot blanc et auxerrois |
| Élaboration | Méthode traditionnelle, cuve inox, sans malolactique, 18 mois minimum sur lattes |
| Dosage | 8 g/l (contre-étiquette) |
| Service | 7 à 9 °C |
| Garde | 0 à 2 ans, à boire jeune |
| Prix constaté | 10,50 € |
Le même producteur, une quinzaine d’euros d’écart
Bestheim, c’est la grosse coopérative de Bennwihr, près de Colmar, et j’ai déjà raconté son histoire en détail dans mon article sur le crémant Soléra. Ce qui m’intéresse ici, c’est la distance entre les deux bouteilles.
D’un côté une cuvée anniversaire à 26 €, en réserve perpétuelle, 78 mois sur lattes. De l’autre celle-ci, à 10,50 € sur le site du domaine. Même cave, même appellation, même méthode traditionnelle. Entre les deux, du temps et de la sélection.
Le Brut Premium est d’ailleurs assumé comme le produit d’appel de la maison. Elle le présente comme « l’incontournable », celui qu’on ouvre sans réfléchir.
Pinot blanc et auxerrois, le duo discret du crémant
L’assemblage repose sur du pinot blanc et de l’auxerrois, issus selon la maison de ses meilleures parcelles. C’est le socle historique du crémant d’Alsace, celui qui travaille sans qu’on le nomme.
L’auxerrois est le plus méconnu des deux. On le confond souvent avec le pinot blanc, au point qu’ils sont fréquemment plantés et vinifiés ensemble. Il apporte en général un peu plus de rondeur et une acidité un peu plus basse.
La vinification se fait en cuve inox, sans fermentation malolactique, ce qui préserve la vivacité, avec uniquement le cœur de cuvée. Puis dix-huit mois minimum sur lattes, là où l’appellation en exige neuf.
Dans le verre
La robe est jaune pâle, avec un cordon de bulles régulier. Rien à redire sur la mousse, elle est fine, et c’est la première chose qui frappe à ce niveau de prix.
C’est agréable et facile à boire. Le genre de bouteille qui se vide sans qu’on y prête attention, sur laquelle il n’y a pas de discussion à avoir. Un crémant d’apéro au sens le plus simple du terme.
Mais je vais être honnête sur un point : je l’ai trouvé un poil trop dosé. Rien de gênant, ça reste discret, seulement il y a une rondeur sucrée en finale qui arrondit les angles. La contre-étiquette de ma bouteille annonce 8 g/l, là où le Soléra descend sous les 4 g/l en extra-brut. Le double, donc, et ça s’entend. Sur des cuvées comme celle-ci, le dosage sert aussi à lisser, c’est un choix. J’ai détaillé ce que ça change dans mon article sur le dosage.
On n’est pas sur du champagne, et ce n’est pas le sujet. On est sur un très bon crémant.
À table
L’apéro à deux, sans rien de particulier autour. Et c’est probablement là qu’il est le plus juste : il ne demande rien, il n’impose rien.
La maison le pousse vers les moments conviviaux, et c’est cohérent. À servir bien frais, entre 7 et 9 °C, et à boire jeune : elle annonce une garde de zéro à deux ans, ce qui est franc de sa part.
Ce qu’on peut attendre d’un crémant à 10 €
À ce prix, la vraie question n’est pas de savoir s’il rivalise avec un champagne. C’est de savoir s’il est bien fait. Et il l’est : bulles fines, cœur de cuvée, dix-huit mois sur lattes, pas de raccourci apparent.
Le dosage un peu généreux est le prix à payer pour cette régularité. C’est ce qui le rend consensuel, ce qui marche pour un apéro où personne ne cherche à analyser son verre. Ceux qui préfèrent les bulles tendues iront voir l’extra-brut et le Grand Prestige de la maison, ou le Soléra pour deux fois et demie le prix.
Le crémant d’Alsace joue souvent cette carte de l’accessibilité, parfois à son détriment. Ici, elle est tenue proprement.
Un crémant qui ne cherche pas à impressionner, et qui fait très bien ce pour quoi on l’achète.