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Les vendanges : qui décide de la date, comment ça se passe et pourquoi elles arrivent de plus en plus tôt

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Thibaud Lapacherie Par
Les vendanges

En France, les vendanges s’étalent en gros d’août à octobre. Le Sud ouvre le bal, la Champagne, la Bourgogne et l’Alsace suivent, le Jura ferme la marche. Quant à la date exacte, elle ne tombe pas du ciel : elle se décide sur des analyses de maturité, appellation par appellation, parcelle par parcelle. Et cette date recule d’année en année. En 2026, elle a carrément explosé tous les records.

Quand commencent les vendanges, région par région

Impossible de donner des dates fixes, ça n’aurait aucun sens : le calendrier bouge de dix à quinze jours d’un millésime à l’autre, et parfois beaucoup plus. En revanche, l’ordre de passage entre les régions, lui, ne change pas.

RégionFenêtre habituelleÀ savoir
Languedoc, RoussillonMi-août à mi-octobreOuvre la saison française, les muscats en premier
Provence, CorseFin août à fin septembreLes rosés partent tôt, souvent vendangés de nuit
Rhône sudFin août à mi-octobreCalendrier très étalé selon les cépages
Rhône nord, BeaujolaisDébut à fin septembreVendange manuelle imposée sur plusieurs appellations
Sud-Ouest, BordeauxFin août à mi-octobreBlancs secs d’abord, rouges ensuite, liquoreux en dernier
LoireDébut septembre à mi-octobreBases de bulles en avance sur les vins tranquilles
Bourgogne, ChampagneFin août à fin septembreChampagne intégralement en manuel
Alsace, Jura, SavoieSeptembre à fin octobreVendanges tardives et vins de paille bien après les autres

Une règle simple pour s’y retrouver : plus il fait chaud et plus le raisin est destiné à des bulles, plus on vendange tôt. Les bases de crémant et de champagne se ramassent avec une acidité encore élevée, donc une à deux semaines avant les vins tranquilles du même secteur.

📚 Millésime en cours

2026 est le millésime le plus précoce jamais enregistré en France. Les premiers coups de sécateur ont eu lieu le 15 juillet dans l’Aude, au domaine Champ des Sœurs à Fitou, sur du muscat à petits grains, soit dix jours devant le précédent record de 2022 (source : Vitisphere). Trois vagues de chaleur et une sécheresse installée depuis le printemps expliquent cette avance, qui atteint trois à quatre semaines sur la norme dans plusieurs bassins du Sud.

Qui décide de la date : le ban des vendanges

Historiquement, personne ne coupait avant que le ban soit levé. Le mot vient de « proclamation », et l’idée remonte au Moyen Âge : empêcher les vignerons pressés de ramasser du raisin vert par peur de la grêle ou de la pourriture, au détriment de la qualité collective de l’appellation.

Aujourd’hui, le mécanisme existe toujours mais s’applique de façon inégale. Dans certaines AOC, l’organisme de défense et de gestion se réunit avec l’INAO et la préfecture, et un arrêté préfectoral fixe la date officielle du premier jour de récolte. Un vigneron qui estime son raisin mûr avant peut demander une dérogation, avec vérification sur place.

Dans beaucoup d’autres appellations, en revanche, plus aucune date n’est fixée par arrêté. Les contrôles de maturité sont devenus assez fins, et les cahiers des charges assez précis en degré potentiel et en rendement, pour qu’on laisse la responsabilité au producteur. Dans le Loiret par exemple, l’arrêté couvre le Coteaux du Giennois mais laisse les autres appellations et les vins destinés aux mousseux décider seuls.

Reste le folklore, qui lui se porte très bien : à Saint-Émilion comme à Avignon, la proclamation du ban est devenue une fête, avec confrérie, costumes et discours.

Les trois maturités qui font pencher la balance

Concrètement, la décision de couper se prend sur des prélèvements de raisin faits plusieurs fois par semaine sur des parcelles témoins. Trois maturités sont suivies en parallèle, et elles n’arrivent jamais tout à fait en même temps.

  1. La maturité technologique : l’équilibre entre le sucre qui monte et l’acidité qui baisse. C’est elle qui détermine le degré d’alcool potentiel du futur vin.
  2. La maturité phénolique : celle des tanins, des pépins et des peaux. Un raisin sucré aux pépins encore verts donnera un rouge végétal et râpeux, d’où l’importance de ne pas se fier au seul degré. C’est tout l’enjeu de la maturité phénolique, la notion que les vignerons scrutent le plus.
  3. La maturité aromatique : la palette d’arômes qui se développe dans la baie, décisive sur les blancs.

Vendanger, c’est arbitrer entre ces trois courbes qui ne se croisent pas au même moment. Trop tôt, on récupère de l’acidité mais des tanins durs. Trop tard, on gagne en rondeur et on perd la fraîcheur.

Manuelle ou mécanique : ce que ça change dans le verre

Le débat est moins tranché qu’il n’y paraît. Une machine bien réglée sur une vigne bien conduite fait un meilleur travail qu’une équipe fatiguée qui ramasse n’importe quoi.

CritèreVendange manuelleVendange mécanique
TriPossible dès la vigne, grain par grain si besoinUniquement après coup, sur table de tri
État de la récolteGrappes entières préservéesBaies détachées, jus qui commence à couler
VitesseLente, dépendante des équipesTrès rapide, possible de nuit
CoûtÉlevé, main-d’œuvre saisonnièreNettement inférieur à l’hectare
TerrainSeule option sur les fortes pentesImpossible sur coteaux raides et vignes en terrasses
ObligationImposée en Champagne, dans les crus du Beaujolais et plusieurs AOCInterdite là où le cahier des charges impose le manuel

La règle générale : dès qu’on a besoin de grappes entières, la machine est hors jeu. C’est le cas pour les effervescents, où le pressurage se fait en grappes pour éviter que la peau colore le jus, et pour la macération semi-carbonique du Beaujolais. Même chose pour les liquoreux, ramassés en plusieurs passages successifs sur les seules baies touchées par la pourriture noble.

Quant aux vendanges de nuit, elles se sont généralisées dans le Sud pour une raison simple : un raisin ramassé à 4 heures du matin arrive au chai à 15 degrés plutôt qu’à 30. Ça limite l’oxydation et ça préserve les arômes, surtout sur les blancs et les rosés.

Une journée de vendange, du sécateur au chai

Ma seule journée de vendange remonte à l’enfance, et curieusement le souvenir est resté intact. Le froid du matin, les mains qui collent au bout d’une heure, les guêpes autour des seaux, et surtout l’impression que le rang ne finit jamais. Ça n’a rien de bucolique, et on comprend vite pourquoi les vignerons parlent de « la corvée » avec autant d’affection que de fatigue.

L’organisation est toujours à peu près la même. Les coupeurs avancent par rangs, un de chaque côté, sécateur à la main, et remplissent des seaux. Les porteurs, avec une hotte sur le dos, font la navette et vident dans les comportes ou la benne. Le raisin part au chai le plus vite possible, parce que chaque heure passée au soleil dans une benne, c’est de la fermentation qui démarre sans qu’on l’ait demandé.

À l’arrivée, ça se joue vite : passage éventuel sur table de tri, éraflage pour séparer les baies de la rafle, puis pressurage pour les blancs ou encuvage pour les rouges. Ce sont les journées les plus longues de l’année pour le vigneron, qui vendange le jour et vinifie le soir.

Pourquoi les vendanges arrivent de plus en plus tôt

C’est le point sur lequel il n’y a plus vraiment de débat. Dans les grands vignobles, on commençait couramment début octobre dans les années 1950. On commence début septembre depuis les années 2000, et les millésimes les plus chauds descendent maintenant en août, voire en juillet dans le Sud.

💡 Le saviez-vous ?

Les dates de bans des vendanges constituent l’une des plus longues séries climatiques dont on dispose en Europe. Les communes les consignaient année après année depuis des siècles, et l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie a montré dès les années 1960 qu’on pouvait reconstituer la météo des siècles passés à partir de ces registres. Un thermomètre écrit à l’encre par des greffiers qui ne se doutaient de rien.

Ce décalage ne se limite pas au calendrier. Un raisin qui mûrit plus vite accumule plus de sucre et perd de l’acidité, ce qui explique en bonne partie pourquoi le degré d’alcool des vins augmente depuis trente ans. D’où les adaptations qu’on voit se multiplier : vendanger de nuit, remonter les parcelles en altitude, replanter des cépages tardifs, ou cueillir plus tôt pour garder de la fraîcheur quitte à sacrifier un peu de maturité phénolique.

Les cas particuliers : tardives, tries et vendange en vert

Trois expressions reviennent souvent et se confondent facilement.

Les vendanges tardives consistent à laisser le raisin sur pied bien après la récolte normale, pour qu’il se concentre en sucre. En Alsace, la mention est encadrée par des critères de richesse minimale. Le principe se rapproche du passerillage, où la baie se dessèche sur la souche.

Les tries successives désignent le fait de repasser plusieurs fois dans la même parcelle pour ne cueillir que les baies au bon stade. C’est la méthode des grands liquoreux, terriblement coûteuse en main-d’œuvre.

La vendange en vert, elle, n’a rien à voir avec la récolte : c’est une coupe de grappes en plein été, avant maturité, pour réduire le rendement et concentrer ce qui reste sur la souche.

Le calendrier des vendanges est devenu l’indicateur le plus lisible du réchauffement dans le vignoble : pas un graphique, juste une date qui remonte chaque décennie.

Questions fréquentes sur les vendanges

Quand commencent les vendanges en France ?

En général entre la mi-août et la mi-octobre, selon les régions et les millésimes. Le Languedoc et le Roussillon ouvrent la saison, la Bourgogne, la Champagne et l'Alsace suivent en septembre, le Jura et les vendanges tardives ferment la marche en octobre. Les millésimes très chauds avancent tout le calendrier de deux à quatre semaines.

Qui décide de la date des vendanges ?

Le vigneron décide, mais dans certaines appellations il reste encadré par le ban des vendanges, une date officielle fixée par arrêté préfectoral après avis de l'INAO et de l'organisme de gestion de l'appellation. Ailleurs, plus aucune date n'est imposée : les contrôles de maturité et le cahier des charges suffisent à encadrer la récolte.

Combien de temps durent les vendanges ?

Une à trois semaines pour un domaine, selon sa taille, le nombre de cépages et l'étalement des maturités. À l'échelle du pays, la saison s'étire sur près de trois mois entre les premières coupes du Sud et les dernières parcelles de vendanges tardives.

Pourquoi vendange-t-on la nuit ?

Pour la fraîcheur. Un raisin ramassé avant l'aube arrive au chai beaucoup plus froid, ce qui limite l'oxydation et le démarrage spontané de la fermentation, et préserve les arômes. La pratique s'est répandue dans le Sud, surtout sur les blancs et les rosés, et elle suppose une vendange mécanique avec des projecteurs.

Quelle différence entre vendange manuelle et mécanique ?

La vendange manuelle permet de trier dès la vigne et de conserver les grappes entières, ce qui est indispensable pour les effervescents, les liquoreux et certaines vinifications comme celle du Beaujolais. La machine détache les baies et fait couler un peu de jus, mais elle va beaucoup plus vite et coûte nettement moins cher. Plusieurs appellations, dont la Champagne, imposent le manuel.

C'est quoi une vendange tardive ?

C'est une récolte volontairement décalée de plusieurs semaines après la date normale, pour que le raisin se concentre en sucre sur la souche. Le résultat donne des vins moelleux ou liquoreux. En Alsace, la mention Vendanges Tardives répond à des critères de richesse minimale définis par le cahier des charges.

C'est quoi une vendange en vert ?

Rien à voir avec la récolte : il s'agit de couper une partie des grappes en plein été, avant maturité, et de les laisser au sol. L'objectif est de baisser le rendement pour que la vigne concentre sa sève sur les grappes restantes. C'est une pratique discutée, coûteuse et pas toujours efficace selon les millésimes.

� Petit quiz : les vendanges de près

  1. 1. Que désigne exactement le ban des vendanges ?

    Ban veut dire proclamation. Lever le ban, c’est lever l’interdiction de couper. Aujourd’hui il ne s’applique plus à toutes les appellations.

  2. 2. Quelle maturité concerne les tanins, les peaux et les pépins ?

    La technologique suit le sucre et l’acidité. La phénolique, elle, décide si un rouge sera soyeux ou végétal.

  3. 3. Pourquoi la Champagne impose-t-elle la vendange manuelle ?

    Une machine détache les baies et fait couler le jus. Sur des raisins noirs pressés en blanc, la peau colorerait le moût.

  4. 4. La vendange en vert, c’est quoi ?

    Les grappes coupées sont laissées au sol. L’objectif est de concentrer la vigne sur ce qui reste, pas de vinifier ce raisin.

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