Cépage Grenache
Le grenache est partout dans le sud de la France, et pourtant on ne le voit jamais. Il se cache derrière les noms d’appellation, Châteauneuf, Gigondas, Rasteau, et laisse la vedette à la syrah. C’est pourtant lui qui donne à ces vins leur chair, leur fruit mûr et cette sensation de soleil en bouche. Un cépage généreux, longtemps malmené pour cette générosité même, et qui revient aujourd’hui par la grande porte. Voilà son portrait, dans la lignée de nos autres fiches cépages.
Origine et histoire du grenache
Le grenache est espagnol. Il vient d’Aragon, dans le nord-est de la péninsule, où il s’appelle garnacha et où il couvre encore des surfaces considérables.
Son arrivée en France s’est faite par le Roussillon, sans doute au Moyen Âge, quand la couronne d’Aragon régnait sur la région. De là, il a remonté la vallée du Rhône et s’est installé partout où le climat était assez chaud pour le mener à maturité.
Les Sardes racontent une autre histoire. Le cannonau, leur cépage emblématique, est génétiquement identique au grenache, et des pépins retrouvés sur l’île suggèrent une présence très ancienne. Le débat sur le berceau exact n’est pas tranché, et il a le mérite d’être joyeux.
Le vingtième siècle ne lui a pas fait de cadeau. Sa productivité en a fait le cépage des vins de masse du Midi, et il s’est retrouvé associé à une image de vin lourd et sans finesse. Les campagnes d’arrachage des années 1980 et 1990 en ont emporté des dizaines de milliers d’hectares.
Profil aromatique et caractère du vin
Le grenache sent la fraise écrasée et la cerise, parfois jusqu’au kirsch quand la maturité pousse loin. Avec l’âge arrivent les épices douces, la réglisse, le cuir, et cette note de garrigue qui évoque le thym et le romarin chauffés au soleil.
En bouche, c’est la générosité qui frappe d’abord. Le vin est ample, charnu, presque sucré tant le fruit est mûr, avec des tanins souples qui ne mordent jamais. La couleur, elle, reste souvent plus claire qu’on ne s’y attend : un grenache pur tire vers le rubis, pas vers le noir.
Son talon d’Achille est là aussi. Peu de tanins, une acidité modeste et beaucoup d’alcool : sans précaution, il tombe dans le confit et la lourdeur. C’est précisément pour ça qu’on l’assemble.
Caractéristiques de la vigne
Le grenache a un port dressé, ce qui lui permet de tenir debout dans le mistral sans palissage. C’est une des raisons de son succès dans le Rhône sud, où il est souvent conduit en gobelet.
Il mûrit tard et demande de la chaleur, ce qui explique sa géographie : au-delà d’une certaine latitude, il ne mûrit pas. Sa vigueur est forte, sa production généreuse, et c’est justement ce qu’il faut brider pour obtenir quelque chose d’intéressant.
Il est en revanche sensible à la coulure au moment de la floraison, ce qui peut amputer une récolte sans prévenir.
Fiche d’identité : Grenache
- Couleur
- Rouge (il existe aussi un grenache blanc et un grenache gris)
- Type
- International, d’origine espagnole
- Synonymes
- Garnacha (Espagne), Cannonau (Sardaigne), Alicante, Tinto Aragonés
- Origine
- Aragon, dans le nord-est de l’Espagne
- Régions principales
- Rhône méridional, Languedoc, Roussillon, Provence, Espagne, Sardaigne
- Surface plantée (France)
- Environ 80 000 ha, en recul depuis les années 2000
- Présence dans le monde
- Espagne (premier producteur), Italie, Australie, États-Unis, Afrique du Sud
- Parents génétiques
- Non communiqué
- Maturité
- Tardive
- Vigueur
- Forte, port dressé
Vinification et styles de vins possibles
Le grenache donne à peu près tout ce qu’un cépage peut donner.
En rouge, il est le pilier de l’assemblage GSM, grenache, syrah, mourvèdre. Lui apporte le fruit et la rondeur, la syrah la structure et le poivre, le mourvèdre la profondeur et la tenue. C’est la formule du Rhône sud et d’une bonne partie du Languedoc.
En rosé, il est partout en Provence et dans les Côtes-du-Rhône, où sa chair donne des vins qui tiennent à table plutôt que de s’évaporer à l’apéritif.
En vin doux naturel, il porte Banyuls, Maury et Rasteau. La fermentation est arrêtée par ajout d’alcool, le mutage, ce qui conserve le sucre du raisin. Élevé en milieu oxydatif, il développe des notes de cacao, de figue et de café qui n’ont plus grand-chose à voir avec le cépage de départ.
Il existe enfin un grenache blanc et un grenache gris, moins connus, qui donnent des blancs amples et méditerranéens.
Où trouver ce cépage : appellations clés
Dans le Rhône méridional, il domine Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Rasteau et l’essentiel des Côtes-du-Rhône. Les vins du Rhône que je chronique en portent presque tous.
En Languedoc et en Roussillon, il structure Corbières, Minervois, Faugères, Collioure et les vins doux naturels catalans. En Provence, il fait le rosé.
Hors de France, l’Espagne reste le premier producteur mondial, avec des garnachas de vieilles vignes dans le Priorat et en Navarre qui comptent parmi les plus grands vins du cépage. La Sardaigne a son cannonau, l’Australie ses vieux grenaches de Barossa.
Accords mets-vins avec le grenache
Sa rondeur et son fruit mûr en font un vin de cuisine du Sud. Une daube provençale, un agneau aux herbes, une ratatouille, des légumes farcis : il épouse ces plats sans les écraser.
Il se débrouille aussi très bien sur les épices douces, tajines et cuisine du Maghreb, là où un vin plus tannique se battrait avec le sucré-salé.
Sur les vins doux naturels, la règle du dessert s’applique : le vin doit être aussi sucré que l’assiette. Un Banyuls sur un fondant au chocolat reste l’un des accords les plus fiables qui soient.
Coup de cœur BurdiVino
J’ai un faible pour L’Hallali Grande Réserve en Gigondas, qui montre bien ce que le grenache sait faire quand il est pris au sérieux. On y trouve ce fruit mûr sans lourdeur, cette chair enveloppante et ces notes de garrigue qui signent l’appellation.
C’est aussi une bonne porte d’entrée : Gigondas offre une bonne part de ce que propose Châteauneuf, à un tarif nettement plus abordable. Exactement notre esprit.
Le cépage qu’on a arraché avant de le regretter
Il y a une leçon dans l’histoire récente du grenache, et elle dépasse le cépage.
Pendant des décennies, on lui a demandé de produire beaucoup. Il l’a fait, docilement, et le résultat était médiocre. On en a conclu que le cépage était médiocre, et on a arraché. Le grenache a perdu une part énorme de ses surfaces françaises.
Puis quelques vignerons ont regardé ce qui restait : de vieilles vignes en gobelet, sur des terroirs pauvres, qui produisaient très peu et très bien. Le Priorat espagnol a été reconstruit là-dessus, et l’Australie a redécouvert ses centenaires de Barossa.
Le grenache n’a jamais été un mauvais cépage. Il était généreux, et on a confondu sa générosité avec un manque de caractère. Ce sont les rendements qu’il fallait accuser, pas la variété.
Chair, soleil et garrigue : le grenache est le cépage qui fait chanter tout le sud de la France, et qui nous a appris qu’un raisin généreux mérite qu’on l’exige.
Questions fréquentes sur le cépage grenache
Le grenache donne-t-il des vins forts en alcool ?
Souvent, oui. Le grenache accumule beaucoup de sucre avant d’atteindre sa maturité aromatique, et les Châteauneuf-du-Pape dépassent régulièrement 14,5 degrés. Ce n’est pas un défaut en soi : la question est de savoir si le vin porte cet alcool ou s’il le subit. Un bon grenache reste frais malgré son degré.
Pourquoi le grenache est-il presque toujours assemblé ?
Parce qu’il donne peu de couleur et peu de tanins. Il apporte le fruit, la chair et la rondeur, mais il a besoin d’un partenaire pour la structure. C’est le rôle de la syrah et du mourvèdre dans l’assemblage GSM du Rhône sud. En monocépage, il faut de vieilles vignes et de faibles rendements pour qu’il tienne seul.
Quelle différence entre grenache, garnacha et cannonau ?
Aucune, c’est le même cépage. Garnacha est son nom espagnol, cannonau son nom sarde. Les Sardes revendiquent d’ailleurs l’antériorité, et le débat sur son berceau exact n’est pas tranché.
Le grenache se garde-t-il longtemps ?
Moins qu’un cabernet ou une syrah, parce qu’il est pauvre en tanins et qu’il s’oxyde vite. Un Côtes-du-Rhône au grenache se boit dans les cinq ans. Un Châteauneuf-du-Pape de vieilles vignes, lui, tient quinze à vingt ans sans difficulté.