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BurdiVino

Cépage Gewurztraminer

Cépages

Thibaud Lapacherie Par
Grappe de raisin gris rosé sur pied de vigne au coucher du soleil

Le gewurztraminer est le cépage le plus reconnaissable qui soit. Litchi, rose, épices douces : deux secondes suffisent pour l’identifier, même sans rien connaître au vin. Cette évidence est sa force et son piège, car un vin qui se donne à ce point divise forcément. On l’adore ou on le trouve envahissant, rarement entre les deux. Voilà son portrait, dans la lignée de nos autres fiches cépages.

Origine et histoire du gewurztraminer

Son nom raconte tout. Gewürz veut dire épice en allemand, Traminer renvoie au village de Tramin, dans le Haut-Adige italien. Le traminer épicé, donc.

Génétiquement, il est une mutation du savagnin rose, lui-même variante du savagnin blanc qui fait le vin jaune du Jura. Un cousinage surprenant entre deux vins aux antipodes l’un de l’autre.

Ce qui distingue le gewurztraminer du traminer ordinaire, c’est précisément cette explosion aromatique, apparue par mutation et fixée par sélection. L’Alsace s’en est emparée au dix-neuvième siècle et en a fait sa signature, au point qu’on oublie qu’il vient d’ailleurs.

Profil aromatique et caractère du vin

Litchi d’abord, toujours. Puis la rose, le pain d’épices, la mangue, les fruits confits, parfois une note de gingembre ou de poivre blanc.

Le litchi n’est pas une métaphore. Le cépage partage avec ce fruit une même molécule aromatique, de la famille des terpènes, qu’on retrouve aussi dans la rose. Le rapprochement est chimique, ce qui explique qu’il s’impose à tout le monde de la même façon.

En bouche, il est large, opulent, avec une acidité faible qui accentue la sensation de rondeur. Sa finale laisse souvent une impression légèrement amère, qui l’empêche de devenir écœurant.

C’est là que tout se joue. Sans cette amertume et sans un minimum de fraîcheur, le vin devient lourd et parfumé comme un savon. Les bons producteurs le savent et vendangent en conséquence.

Caractéristiques de la vigne

Ses baies sont roses, parfois franchement rougeâtres à maturité, ce qui surprend toujours pour un cépage à vin blanc.

Il débourre tôt, donc il craint les gelées de printemps, et mûrit vite en accumulant beaucoup de sucre. Ses rendements sont faibles et irréguliers, avec une sensibilité à la coulure.

Sa difficulté principale est ailleurs : sa fenêtre de récolte est courte. Quelques jours de trop et l’acidité s’effondre, laissant un vin flasque malgré son parfum.

Fiche d’identité : Gewurztraminer

Couleur
Gris, baies roses donnant des vins blancs
Type
Mutation aromatique du traminer, cépage d’Europe centrale
Synonymes
Traminer aromatico (Italie), Gewürztraminer (Allemagne), Tramín červený (Europe centrale)
Origine
Tramin, dans le Haut-Adige, puis fixé en Alsace
Régions principales
Alsace, Allemagne, nord de l’Italie, Autriche
Surface plantée (France)
Environ 3 000 ha, presque exclusivement en Alsace
Présence dans le monde
Allemagne, Italie, Autriche, Nouvelle-Zélande, Chili, Canada
Parents génétiques
Mutation du savagnin rose, lui-même variante du savagnin blanc
Maturité
Précoce
Vigueur
Moyenne, rendements faibles

Vinification et styles de vins possibles

Le pressurage est direct, sans macération, pour éviter que les peaux roses ne teintent le jus. La fermentation malolactique est systématiquement évitée : le cépage manque déjà d’acidité, il serait absurde de lui en retirer.

L’élevage se fait en cuve ou en foudre, sans bois neuf, qui n’aurait rien à ajouter à un vin aussi expressif.

La question du sucre résiduel structure toute la gamme. Certains producteurs cherchent le sec absolu, d’autres laissent quelques grammes pour équilibrer l’amertume. Viennent ensuite les vendanges tardives et les sélections de grains nobles, où le cépage donne des liquoreux capables de vieillir des décennies.

Où trouver ce cépage : appellations clés

L’Alsace est son royaume, et il fait partie des quatre cépages autorisés en grand cru alsacien. Les vins d’Alsace l’expriment mieux que partout ailleurs.

L’Allemagne le cultive dans le Palatinat et le Bade, l’Italie dans le Haut-Adige sous le nom de traminer aromatico, tout près de son village d’origine. L’Autriche, la Nouvelle-Zélande, le Chili et le Canada en produisent également, sans jamais atteindre la densité alsacienne.

Accords mets-vins avec le gewurztraminer

C’est l’un des rares vins à tenir une cuisine épicée. Un curry, un tajine, une cuisine thaïe ou indochinoise : son exubérance répond aux épices au lieu de s’y battre, et son léger sucre apaise le piment.

L’accord avec le munster est un classique alsacien qui fonctionne réellement. La puissance du fromage a besoin d’un vin qui ne recule pas, et peu de blancs remplissent ce cahier des charges.

Sur le foie gras, il rivalise avec les liquoreux traditionnels, en apportant du parfum là où un sauternes apporte du sucre. J’en parle plus longuement dans mon dossier sur le vin à servir avec le foie gras.

À éviter, en revanche : les poissons délicats et les plats fins, que son parfum écrase sans appel.

Coup de cœur BurdiVino

Je n’ai pas encore chroniqué de gewurztraminer sur le blog, et c’est une lacune que je compte combler. L’Alsace revient pourtant souvent ici, notamment par ses bulles, comme le Crémant Platinum de la cave de Turckheim.

En attendant, mon conseil tient en une phrase : goûter un gewurztraminer sec d’un bon producteur avant de se faire un avis. La plupart des gens qui disent ne pas aimer ce cépage n’ont croisé que des versions sucrées et bon marché, où le parfum tourne au sirop.

Le cépage qui ne laisse jamais indifférent

Il existe une catégorie de vins qu’on ne peut pas boire distraitement, et le gewurztraminer la domine.

La plupart des cépages demandent de l’attention pour livrer quelque chose. Celui-ci fait exactement l’inverse : il s’impose avant même qu’on ait porté le verre aux lèvres. On n’a rien à chercher, tout est déjà là.

Cette générosité lui vaut une réputation ambiguë. Dans un milieu qui valorise la retenue et la complexité lente, un vin aussi démonstratif passe facilement pour vulgaire. C’est injuste, et c’est aussi le sort du viognier ou du muscat.

La vérité est plus simple. Un gewurztraminer n’est pas un vin de conversation discrète, c’est un vin de plat. Servi sur ce qui l’attend, un munster ou un curry, il devient irremplaçable. Servi à l’apéritif sur rien, il fatigue en deux verres.

Litchi, rose et peaux roses : le gewurztraminer est le cépage qu’on reconnaît en deux secondes et qu’on met trente ans à savoir servir.

Questions fréquentes

Pourquoi le gewurztraminer sent-il le litchi ?

Parce qu’il partage une molécule aromatique avec ce fruit, un composé de la famille des terpènes qu’on retrouve aussi dans la rose. Ce n’est donc pas une image de dégustateur : le lien est chimique, et c’est ce qui rend le cépage si facile à identifier à l’aveugle.

Que veut dire gewurztraminer ?

Gewürz signifie épice en allemand, et Traminer renvoie au village de Tramin, dans le Haut-Adige italien. Littéralement, le traminer épicé. Le nom décrit exactement ce qu’on trouve dans le verre.

Le gewurztraminer est-il toujours sucré ?

Non, mais il en donne souvent l’impression. Son exubérance aromatique et sa faible acidité font paraître sucré un vin qui ne l’est pas forcément. Les versions réellement moelleuses existent, notamment en vendanges tardives, mais beaucoup de gewurztraminers alsaciens sont secs ou presque.

Pourquoi le classe-t-on parmi les cépages gris et rosés ?

Parce que ses baies sont roses, alors qu’il donne des vins blancs. Comme le pinot gris, il appartient à cette famille intermédiaire où la couleur de la peau ne dit pas celle du vin. C’est la peau qui décide du classement, pas le contenu du verre.

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