Nucôt 2022, Clos Dauliac : le Cahors qu'on ouvre à l'apéro
On ne pense jamais à Cahors pour l’apéritif. Un Cahors, dans l’imaginaire collectif, c’est sombre, c’est tannique, ça demande une viande et deux heures devant soi. Et puis il y a cette bouteille, repérée d’abord pour son étiquette, un dégradé de bleu et de violet sur un mas en pierre, avec un seul mot dessus. Je l’ai ouverte à l’apéro, sortie de cave à 15 °C. Et franchement, c’était exactement ce qu’il fallait.
| Fiche cuvée | Nucôt 2022, Clos Dauliac |
|---|---|
| Domaine | Clos Dauliac, Luzech (Lot) |
| Vigneron | Pierre Baltenweck, neuvième génération |
| Appellation | AOP Cahors |
| Millésime | 2022 |
| Cépage | 100 % malbec |
| Culture | Agriculture biologique depuis 2013, Demeter depuis 2020 |
| Vinification | Nature, cuve, élevage 7 mois |
| Degré | 13 % |
| Service | Frais, autour de 15 °C |
| Prix constaté | Environ 12 € |
Luzech, neuf générations et un fils qui revient
Le Clos Dauliac est posé sur la commune de Luzech, dans une boucle du Lot, en plein cœur de l’appellation Cahors. La famille Baltenweck y est propriétaire depuis 1852, et le premier millésime recensé date de 1877.
Pierre Baltenweck est la neuvième génération. Ce qui rend son parcours intéressant, c’est qu’il n’était pas parti pour ça : formation en charpente navale, puis du service en salle à Toulouse. Il est rentré à Luzech en 2017 pour reprendre les vignes familiales.
Le domaine couvre une vingtaine d’hectares sur des sols argilo-calcaires, plantés majoritairement en malbec, avec quelques parcelles qui remontent à 1928. Le bio est certifié depuis 2013, la biodynamie labellisée Demeter depuis 2020.
Et le style a bougé avec l’arrivée de Pierre. Extraction douce, fermentation en cuve béton, des rouges volontairement plus souples et plus gourmands que le Cahors de tradition.
Un malbec vinifié nu
Le Nucôt est un 100 % malbec, vinifié en nature et élevé sept mois en cuve. Pas de bois, pas d’extraction poussée. C’est un choix qui va contre la réputation de l’appellation, où le malbec sert d’habitude à faire des vins de structure et de garde.
Le vin est à 13 degrés, ce qui reste raisonnable pour un rouge du Sud-Ouest. On garde ici le fruit du côt, celui qu’on perd quand on cherche la concentration.
Dans le verre, à 15 °C
Je l’ai servi frais, sortie de cave, sans le laisser se réchauffer. C’est d’ailleurs ce que recommande le domaine, et ça change complètement la lecture du vin.
Ce qui m’a plu, c’est la légèreté. On est loin du Cahors qui écrase. Ça reste un rouge, mais un rouge qu’on boit sans effort, qui ne demande ni plat ni cérémonie.
C’est juteux, et c’est sans doute le mot qui résume le mieux la bouteille. Le genre de vin facile à boire, où on se ressert sans y penser, où on revient facilement au verre. J’ai beaucoup aimé.
Et le contenant participe à l’affaire. L’étiquette, ce dégradé de bleu et de violet posé sur la photo d’un mas en pierre, avec le seul mot NUCÔT tracé en fines lettres, tranche avec les codes habituels du Cahors, ses châteaux et ses caractères dorés. La bouteille aussi sort du lot. Ça n’a rien à voir avec le goût, évidemment, mais on choisit aussi une bouteille avec les yeux.
À table, ou plutôt avant
L’apéritif, donc. Et c’est là que ce vin se justifie pleinement : un rouge assez léger pour être servi frais, qui accompagne le grignotage sans le dominer. Charcuterie, fromage, tapenade, ce genre de moment.
C’est typiquement la bouteille dont on garde deux ou trois exemplaires en cave, pour pouvoir en sortir une à tout moment. Pas le vin qu’on attend une occasion pour ouvrir, celui qu’on ouvre parce que des amis passent.
Le reste de la gamme du domaine part sur d’autres registres, avec des cuvées comme Paul Vieux ou Le Clau, toujours en malbec.
Un Cahors qui ne ressemble pas à un Cahors
Ce que je retiens, c’est qu’on peut faire du malbec autrement dans cette appellation. Là où le malbec de Cahors cherche d’habitude la profondeur et la garde, celui-ci vise le plaisir immédiat, le verre qu’on se ressert sans réfléchir.
Il y a quelque chose de cohérent entre le choix de vinification, le choix de l’étiquette et le moment auquel ce vin est destiné. Un vigneron de neuvième génération qui décide de faire le contraire de ce qu’on attend de sa région, ça mérite au minimum qu’on goûte.
Un Cahors à l’apéro, servi frais. Comme quoi, il reste des cases à cocher là où on croyait tout connaître.