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Le kir : la vraie recette, les bonnes proportions et le vin blanc qui change tout

Thibaud

Rédigé par Thibaud · Simple Épicurien

8 août 2026 10 min de lecture
Le kir : la vraie recette, les bonnes proportions et le vin blanc qui change tout

Un kir, c’est deux ingrédients et trente secondes de préparation : 2 cl de crème de cassis au fond du verre, 8 cl de bourgogne aligoté bien frais par-dessus. Point. Sauf qu’entre le kir du comptoir qui colle aux dents et celui qui donne envie d’en reprendre un, il y a un monde. Et ce monde tient presque entièrement au vin blanc qu’on met dedans, ce dont à peu près personne ne parle.

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🍷 L’essentiel sur le kir
  • La recette : 2 cl de crème de cassis pour 8 cl de vin blanc sec, soit un cinquième / quatre cinquièmes
  • Le vin d’origine : bourgogne aligoté, sec et bien acide, sans aromatique envahissante
  • L’ordre compte : la crème d’abord au fond du verre, le vin ensuite, pas besoin de remuer
  • Kir ou blanc-cassis : c’est un kir avec de l’aligoté et de la crème de Dijon, un blanc-cassis avec le reste
  • La famille : kir royal aux bulles, communard et cardinal au rouge, kir breton au cidre

La recette du kir, dans les proportions d’aujourd’hui

Rien de sorcier, mais quelques détails changent le résultat.

  1. Sortir le vin et la crème du frigo. Les deux doivent être froids, pas juste le vin.
  2. Verser 2 cl de crème de cassis au fond d’un verre à vin ou d’une flûte.
  3. Compléter avec 8 cl de vin blanc sec, versé doucement par-dessus.
  4. Ne pas remuer. Le vin qui tombe sur la crème fait le mélange tout seul, et la couleur monte progressivement.

L’ordre n’est pas une coquetterie. La crème de cassis est plus dense que le vin, elle reste au fond si on inverse, et il faut alors touiller comme un forcené pour homogénéiser. Servi dans le bon ordre, un kir se mélange seul.

Côté degré, on tourne autour de 13 degrés avec un aligoté à 12 et une crème à 20, donc à peine plus qu’un verre de vin blanc sec. L’idée reçue du kir « qui tape » vient surtout des versions trop chargées en crème.

Pourquoi un cinquième aujourd’hui, alors que c’était un tiers à l’origine

À l’origine, le dosage était beaucoup plus généreux : environ un tiers de crème pour deux tiers d’aligoté. C’est ce que buvait le chanoine Kir, et ça donnait un verre sombre, épais, franchement sucré.

Deux choses ont fait bouger les curseurs. Les crèmes de cassis se sont concentrées, en sucre comme en arômes, et le goût général a filé vers moins de sucrosité à l’apéritif. Résultat, le dosage standard est passé à un cinquième de crème pour quatre cinquièmes de vin, et beaucoup de gens descendent encore en dessous, au simple trait de crème.

Mon conseil, si tant est que ce soit un conseil : commencer sous le dosage officiel et rajouter. On rattrape toujours un kir trop pâle, jamais un kir trop sucré.

💡 Le saviez-vous ?

Félix Kir n’a pas inventé le kir. La crème de cassis dijonnaise industrialisable date de 1841, avec le cafetier Auguste-Denis Lagoute. Le mélange avec du vin blanc, lui, remonterait à 1904 au café Montchapet à Dijon, où le maire de l’époque, Henri Barabant, en aurait bu par hasard. Le chanoine Kir, député-maire de Dijon de 1945 à 1968, l’a servi à tous ses invités officiels et lui a surtout donné son nom, en 1951, dans une lettre autorisant un liquoriste dijonnais à l’utiliser.

Le vin blanc, c’est là que tout se joue

C’est le point que les recettes expédient en trois mots, « un vin blanc sec », et c’est justement là que se fait la différence.

Un kir, c’est un équilibre entre la sucrosité de la crème et l’acidité du vin. Si le vin manque d’acidité, le verre devient mou et sirupeux. Si le vin a une aromatique trop marquée, il se bagarre avec le cassis au lieu de le porter. D’où le choix historique de l’aligoté : sec, tendu, citronné, et suffisamment discret pour laisser le cassis exister.

Vin blanc Ce que ça donne Verdict
Bourgogne aligoté Acidité franche, aromatique discrète, le cassis reste au premier plan La référence
Gros-plant, muscadet Vif, salin, tranchant, très proche de l’esprit d’origine Excellente alternative
Chenin sec de Loire De la tension et un léger fruit jaune qui tient tête au cassis Marche très bien
Chablis simple, non boisé Minéralité qui étire la finale, mais on sacrifie une jolie bouteille Bon, un peu dommage
Sauvignon blanc Buis, pamplemousse et bourgeon de cassis qui entrent en collision avec la crème À éviter
Blanc élevé en fût Le boisé écrase le fruit, le mélange devient lourd À éviter
Blanc moelleux ou demi-sec Sucre sur sucre, plus rien ne tient debout Non

Le réflexe de mettre le fond de bouteille défraîchi dans le kir est logique, mais il a une limite : un vin oxydé ou fatigué reste un vin oxydé. La crème masque un défaut léger, pas une bouteille morte.

Kir ou blanc-cassis : la différence est réelle

Au sens strict, un kir se fait avec de la crème de cassis de Dijon et du bourgogne aligoté. Tout le reste, c’est un blanc-cassis, ou blanc-cass dans la vraie vie des comptoirs. Le mélange s’est d’ailleurs longtemps appelé comme ça, avec au passage un surnom nettement moins glamour, le rince-cochon.

Dans les faits, plus grand monde ne fait la distinction, et personne ne va se vexer. Mais elle explique pourquoi une bouteille étiquetée aligoté n’est pas un détail folklorique.

📌 À noter

« Kir » est une marque déposée. Le chanoine a d’abord concédé son nom à la maison Lejay-Lagoute en 1951, puis l’a étendu aux autres liquoristes dijonnais en 1955 pour ne froisser personne. Ce grand écart a fini au tribunal : un arrêt de la Cour de cassation d’octobre 1992 a tranché en faveur de Lejay-Lagoute, sans que ça change grand-chose aux usages.

Kir royal, communard, cardinal : toute la famille

Le principe est toujours le même, une liqueur de fruit au fond, un vin par-dessus. Ce qui change, c’est la base.

Nom Base Liqueur
Kir Bourgogne aligoté Crème de cassis
Kir royal Crémant de Bourgogne à l’origine, champagne aujourd’hui Crème de cassis
Communard Vin rouge léger Crème de cassis
Cardinal Vin rouge plus corsé, la couleur rappelant la pourpre cardinalice Crème de cassis
Kir breton Cidre brut Crème de cassis
Kir lorrain Vin blanc sec Liqueur de mirabelle
Kir ardéchois Vin blanc sec Crème de châtaigne

Deux remarques. D’abord, les frontières entre communard et cardinal bougent selon les régions, certains les distinguent par le cépage du rouge, d’autres par la puissance : c’est du folklore local, pas une norme.

Ensuite, le kir royal au champagne est une évolution tardive. La version d’origine, aux bulles de Bourgogne, reste la plus cohérente, et honnêtement un bon crémant de Loire fait aussi très bien le travail pour un quart du prix. Mettre de la crème de cassis dans un grand champagne, c’est le meilleur moyen de payer cher un goût de cassis.

Quand le sortir et avec quoi

Le kir a pris un coup de vieux dans l’imaginaire collectif, catalogué apéritif de mariage de province ou de pot de départ. Injuste. Bien fait, très frais, avec une crème de qualité, c’est exactement ce qu’on veut boire un soir d’été à la place d’un énième rosé tiède.

À table, il fonctionne sur ce qui est salé et gras : gougères en tête, évidemment, mais aussi comté jeune, rillettes, saucisson. Le cassis coupe le gras, l’acidité du vin nettoie derrière.

Et puisqu’on parle de traditions de vigneron, le kir est cousin de tout un tas d’apéritifs faits maison qu’on ne trouve pas en grande surface. Dans le même registre, le ratafia mérite largement d’être goûté par ceux qui aiment ce genre de bouteilles.

Un kir raté, c’est presque toujours un kir noyé de crème dans un mauvais vin. Deux centilitres, un vin sec et acide, tout froid : le reste suit tout seul.

🍷 Petit quiz : le kir sans se tromper
Question 1/4

Quel cépage donne le vin blanc du kir d’origine ?

L’aligoté, avec son acidité franche et son aromatique discrète, laisse toute la place au cassis. Le sauvignon, lui, se bagarre avec.

Dans quel ordre remplir le verre ?

La crème est plus dense que le vin. Versée en premier, elle se mélange toute seule quand le vin tombe dessus.

Le chanoine Félix Kir est l’inventeur du mélange. Vrai ou faux ?

Le blanc-cassis existait avant lui. Le chanoine l’a servi à toutes ses réceptions et a autorisé un liquoriste dijonnais à utiliser son nom en 1951.

Comment s’appelle un kir fait avec du cidre brut ?

Le communard et le cardinal se font au vin rouge. Le cidre, c’est la version bretonne.

Questions fréquentes sur le kir

Quelles sont les proportions exactes d’un kir ?

Le dosage standard aujourd’hui est de 2 cl de crème de cassis pour 8 cl de vin blanc sec, soit un cinquième contre quatre cinquièmes. À l’origine, la recette était nettement plus sucrée, avec environ un tiers de crème pour deux tiers de vin. Mieux vaut commencer léger et rajouter que l’inverse.

Quel vin blanc choisir pour un kir ?

Un blanc sec, bien acide et peu aromatique. Le bourgogne aligoté est la référence historique, mais un gros-plant, un muscadet ou un chenin sec de Loire fonctionnent très bien. À fuir : les sauvignons très aromatiques, les blancs élevés en fût et tout ce qui contient du sucre résiduel.

Quelle différence entre un kir et un blanc-cassis ?

Au sens strict, on parle de kir quand le mélange associe de la crème de cassis de Dijon et du bourgogne aligoté. Avec un autre vin blanc ou un autre sirop, c’est un blanc-cassis. Dans les bars, la distinction a largement disparu et les deux mots désignent la même chose.

Un kir royal se fait au champagne ou au crémant ?

Les deux se pratiquent, mais la version d’origine se faisait au crémant de Bourgogne. Le champagne est arrivé plus tard. Comme la crème de cassis couvre une bonne partie de l’aromatique des bulles, un crémant reste le choix le plus malin.

Peut-on faire un kir avec du vin rouge ?

Oui, et ça porte même deux noms selon les régions et le style du vin : communard sur un rouge léger, cardinal sur un rouge plus corsé, en référence à la couleur pourpre. Dans les deux cas, il vaut mieux un rouge souple et peu tannique, sinon le mélange devient râpeux.

Combien de degrés fait un kir ?

Avec un vin blanc à 12 degrés et une crème de cassis à 20 degrés dans les proportions actuelles, un kir tourne autour de 13 degrés. C’est donc à peine plus qu’un verre de vin blanc sec, contrairement à sa réputation.

Comment conserver une crème de cassis entamée ?

Une fois ouverte, une crème de cassis se garde au frais, bouteille bien refermée, et se boit idéalement dans l’année. Elle ne tourne pas comme du vin, mais elle brunit et perd son fruit avec le temps. Une crème passée donne un kir terne, même avec un excellent aligoté.


Photo de Thibaud Lapacherie

À propos de l’auteur

Thibaud Lapacherie

BurdiVino • Blog vin
Bon vivant passionné par le vin, les spiritueux et toutes les bonnes choses, Thibaud partage sur ce blog ses découvertes et ses coups de cœur avec sincérité et simplicité. Sans se prétendre expert, il propose un regard personnel sur un univers riche et passionnant, guidé par le plaisir du partage et l’amour des choses authentiques.

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