On connaît tous ces moments. Une bouteille un peu spéciale que vous ouvrez un dimanche soir chez vous, un verre découvert dans un bon resto, un coup de cœur sur un salon des vins et spiritueux, ou un apéro chez des amis qui sortent une pépite. Vous goûtez, vous êtes bluffé, vous vous dites « celui-là, je m’en souviendrai ». Trois mois plus tard, plus rien. Le nom du domaine, la distillerie, le millésime, ce détail précis qui vous avait fait lever les sourcils… tout s’est envolé.
Et le pire, c’est qu’aucune application ne vous suit vraiment dans ces moments-là. Encore moins quand vous passez d’un verre de vin à un whisky en digestif. Deux frères bordelais ont décidé de s’attaquer à ce vide. Nicolas Laurent est formateur en spiritueux, ancien caviste sur Bordeaux, passé par l’étude de marché et la gestion commerciale. Romain, son frère, est de l’autre côté du métier : il accompagne des entreprises pour imaginer des applis, faire émerger des idées solides, et structurer les équipes qui les construisent. Sur son temps libre, il code ses propres projets. Ensemble, ils ont lancé Degustr, une application qu’ils résument en trois verbes : déguster, partager, progresser. La nouvelle version est sortie fin avril, et c’est celle que beaucoup attendaient.
Le pari du vin et des spiritueux dans la même app
C’est sans doute la première chose qui m’a marqué. La quasi-totalité des applis du marché choisissent un camp : le vin d’un côté, le whisky ou le rhum de l’autre. Degustr fait le pari inverse, et c’est cohérent quand on sait d’où viennent les frères. Un caviste sérieux ne sépare pas ces deux mondes. Un amateur curieux non plus.
Vous pouvez donc consigner un Saint-Émilion le mardi, un mezcal le vendredi, et retrouver tout cela dans un même journal de dégustation. Les frères ont annoncé que la bière arriverait, puis le thé et le café à l’horizon 2027. L’approche reste la même partout : structurer ce que vous percevez, mettre des mots dessus, garder une trace.
Une app pensée pour vous faire progresser
L’application propose plusieurs modes guidés. Le mode classique vous accompagne pour décrire un vin ou un spiritueux étape par étape : œil, nez, bouche. Il est volontairement accessible : même un débutant peut s’y prêter sans complexe. Le mode à l’aveugle, plus ludique, vous fait décrire avant de savoir ce que vous buvez. Le mode rapide va à l’essentiel quand vous n’avez pas dix minutes devant vous.
Cette gradation, c’est ce qui m’a vraiment séduit. Vous commencez quelque part, vous progressez à votre rythme. Et pour aller plus loin, l’app propose aussi des contenus pédagogiques (articles et vidéos) pour comprendre ce que vous goûtez, plutôt que simplement noter.
Gus, dix experts dans votre poche
La grande nouveauté de cette version, c’est Gus. Un assistant intelligent intégré à l’app, à qui vous pouvez poser vos questions sans crainte : “C’est quoi un alambic ?”, “Quelle est la différence entre une syrah et un grenache ?”, “Qu’est-ce qu’un vin muté ?”, “Quel type de vin avec un cabillaud rôti ?” Gus répond, et il répond bien.
Ce qui change tout, c’est ce qu’il y a derrière. Gus n’est pas un moteur générique qui régurgite Wikipédia. Il est nourri par dix experts ambassadeurs de Degustr, des professionnels du vin et des spiritueux qui ont validé chaque contenu. Vous n’avez pas un assistant, mais dix experts réunis dans votre poche.
En version gratuite, vous avez trois questions par semaine, juste de quoi tester. En version Amateur ou Pro, c’est illimité.
Du carnet solitaire à la dégustation partagée
L’autre grande nouveauté, c’est l’aspect collectif. Avec un compte Amateur, vous pouvez organiser des sessions de dégustation à plusieurs. Tout le monde déguste les mêmes bouteilles en même temps, chacun remplit sa fiche, et à la fin vous comparez avec l’organisateur. Je l’ai testé avec trois amis autour d’une verticale improvisée, et j’ai découvert que ce que nous appelions tous “fruits noirs” recouvrait en réalité trois choses très différentes. À la fois hilarant et instructif.
Le compte Amateur, à un peu moins de cinq euros par mois, débloque aussi l’export PDF des fiches, les contenus éducatifs et Gus en illimité. Le compte Pro s’adresse davantage à ceux qui souhaitent rayonner dans la communauté : lien cliquable dans la bio, mise en avant dans le fil, et surtout la possibilité de créer des événements de dégustation. Pratique pour un caviste, un domaine, ou un amateur très investi.
Une vraie communauté qui prend forme
Au moment où j’écris ces lignes, l’application annonce 650 utilisateurs et plus de 3 000 dégustations consignées. Ce n’est pas un million, mais ce n’est clairement pas une coquille vide non plus. Les frères ont marqué le coup avec une soirée de lancement à Bordeaux, réunissant 200 personnes autour d’une expérience de dégustation avec des producteurs de vins et de spiritueux pour présenter cette version. J’y étais. L’ambiance disait tout : ici, on prend la dégustation au sérieux sans se prendre au sérieux.
Ce qu’il en reste
Ce qui m’a frappé en testant cette version, c’est qu’on sent une vraie vision derrière. Pas juste une app de plus, mais une conviction : prendre le temps de goûter, vin comme spiritueux, est un geste qui se cultive. Degustr ne vous transforme pas en expert en six mois, soyons honnêtes. Mais cela change la façon dont vous abordez votre prochaine bouteille. Vous faites attention. Vous mettez des mots. Vous vous souvenez.
L’app est gratuite au téléchargement, sur iOS comme sur Android. Le reste, c’est entre vous et la prochaine bouteille que vous ouvrirez.

