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Blanc de Meuniers La Griff’ by S. Rafflin : le meunier joue en solo

Thibaud

Rédigé par Thibaud · Simple Épicurien

8 novembre 2025 10 min de lecture
Blanc de Meuniers La Griff’ by S. Rafflin : le meunier joue en solo

Le Blanc de Meuniers La Griff’ by S. Rafflin est un champagne premier cru extra-brut composé à 100 % de meunier, tiré à 996 bouteilles à Ludes, dans la Montagne de Reims, et proposé autour de 36,90 €. Je l’ai dégusté à l’apéritif, et il a fait l’unanimité en quelques minutes. Un nez franc et chaleureux, une bouche légère avec un peu de matière, une finale légèrement salée qui tire sur l’amande. Le genre de bouteille qui rend enfin justice à un cépage longtemps traité comme un figurant.

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L’essentiel à retenir
  • Cuvée : Blanc de Meuniers La Griff’ by S. Rafflin, Champagne Premier Cru Extra-Brut
  • Cépage : 100 % meunier, vignes de Ludes, Chigny-les-Roses et Rilly-la-Montagne
  • Élaboration : 4 ans sur lies, remuage manuel, dosage à 4 g/L, 996 bouteilles
  • Profil : nez de fruits jaunes et d’épices douces, bouche légère, finale salée et amandée
  • Service : 7 à 8 °C, à boire dans les deux ans
  • Prix indicatif : 36,90 € au domaine

Le meunier, ce cépage qu’on préférait taire

On parle toujours des deux mêmes en Champagne : le chardonnay et le pinot noir. Le troisième, le meunier, occupe pourtant à peu près un tiers du vignoble champenois. Il est partout, dans presque tous les assemblages, et personne ne le met en avant.

Pendant des décennies, il a traîné une réputation de cépage de second rang. Trop fruité, pas assez fin, incapable de vieillir. Il reste d’ailleurs exclu de plusieurs crus classés, et les surfaces plantées en France ont malgré tout doublé en soixante ans selon le Guide Hachette des Vins.

La différence avec le pinot noir se joue sur le tempérament. Là où le pinot apporte la charpente et une capacité de garde longue, le meunier donne de la rondeur, du fruit immédiat, une générosité qui se livre vite. Il résiste mieux aux gelées de printemps, il mûrit plus régulièrement, et il rend la vie des vignerons plus tranquille sur les coteaux argileux de la vallée de la Marne.

Depuis une quinzaine d’années, des vignerons ont décidé d’arrêter de le cacher. Ils le vinifient seul, en mono-cépage, et démontrent qu’un meunier bien travaillé n’a rien d’un vin court. Cette cuvée fait partie de cette famille-là.

Serge Rafflin, neuf générations à Ludes

Vignes premier cru de la Montagne de Reims sur sol crayeux à Ludes

La maison est installée à Ludes, entre Reims et Épernay, sur la Montagne de Reims. Les Rafflin y cultivent la vigne depuis le milieu du XVIIIe siècle. Sur cette cuvée, les raisins viennent de trois villages premier cru : Ludes, Chigny-les-Roses et Rilly-la-Montagne. Sol crayeux, taille Cordon, récolte manuelle.

Côté cave, rien n’est bâclé. Pressage au pressoir Coquard de 4 000 kg, fermentation malolactique complète, vinification en cuves inox thermorégulées. Ensuite, quatre ans sur lies, remuage manuel bouteille par bouteille sur pupitre, et un dosage à 4 g/L qui laisse le vin se débrouiller seul. Le tirage s’arrête à 996 bouteilles. On est loin du volume industriel.

La gamme La Griff’ est l’affaire de la nouvelle génération. C’est elle qui a lancé cette collection de cuvées premier cru en mono-cépage, peu dosées, avec l’idée de montrer chaque cépage tel qu’il est. Le domaine est certifié Haute Valeur Environnementale.

La famille Rafflin dans ses vignes de la Montagne de Reims à Ludes

La famille Rafflin dans ses vignes de la Montagne de Reims.

Dans le verre : ce que donne un 100 % meunier

La bouteille est arrivée par la poste et je n’ai pas traîné. Direct au frigo, ouverte le lendemain. Trop pressé, d’ailleurs : servie glacée, elle ne disait pas grand-chose au premier verre. Il a fallu attendre quelques minutes, le temps qu’elle se réchauffe un peu dans le verre, pour que tout arrive d’un coup. C’est le genre de champagne qu’on gâche en le sortant du réfrigérateur trop tôt.

La robe tire sur l’or pâle, avec des bulles fines qui remontent bien régulièrement et tiennent dans le verre.

Le nez arrive franc, plein, presque chaleureux. Rien de timide là-dedans. Puis la fraîcheur reprend le dessus, avec une petite pointe qui rappelle la menthe et des épices douces. Les fruits sont faciles à reconnaître, on est dans le jaune : la prune, la mirabelle. Derrière, quelque chose de plus discret, du côté du thé en feuilles et du tilleul, et pour refermer le tout, le coing, qui apporte le côté gourmand. C’est un nez qui change au fil des minutes, ce qui est plutôt rare à ce prix.

Bouteille de champagne La Griff' by S. Rafflin Blanc de Meuniers extra-brut premier cru

En bouche, ça reste léger. L’attaque est douce, l’acidité bien placée, jamais mordante, et le vin garde un peu d’épaisseur, presque celle d’un vin tranquille. Les quatre ans de cave se sentent dans cette texture.

La finale est ce qui marque le plus. On part sur le biscuit, celui qu’on trempe dans le café, et sur des fruits macérés dans l’alcool. Arrive ensuite une légère amertume, bien dosée, puis une pointe salée qui fait durer la dégustation, avec une note d’amande tout au bout.

Deux personnes autour de la table m’ont demandé le nom du domaine avant la fin de la première coupe. En général, c’est le meilleur indicateur qui existe.

Rien à voir avec le profil framboise et cerise de l’autre cuvée de la gamme, le Blanc de Noirs. Deux raisins noirs, deux mondes.

Fiche techniqueBlanc de Meuniers La Griff’ by S. Rafflin
AppellationChampagne Premier Cru, Extra-Brut
Assemblage100 % meunier
TerroirLudes, Chigny-les-Roses, Rilly-la-Montagne. Sol crayeux, récolte manuelle
ÉlaborationPressoir Coquard 4 000 kg, malolactique complète, cuves inox thermorégulées
Vieillissement4 ans sur lies en cave, remuage manuel sur pupitre
Dosage4,0 g/L
Degré12,2 % vol.
Tirage996 bouteilles
CertificationHaute Valeur Environnementale
Service7 à 8 °C, conservation jusqu’à 2 ans à l’abri de la lumière

À table, il va chercher plus loin que l’apéritif

Chez moi, il a accompagné une belle planche de charcuterie et de fromages. Rien de calculé, et pourtant l’accord tenait très bien : la pointe salée du vin ne se laissait pas écraser par le fromage, et sa rondeur passait sans effort sur la charcuterie.

Le domaine, lui, recommande un tajine de poulet aux abricots, raisins blancs et amandes. La logique se tient : les fruits jaunes du vin répondent à l’abricot, et la note amandée de la finale prolonge le plat. Même chose sur une tarte amandine aux abricots, où le côté biscuité fait le lien. Pour une table végétarienne, la maison propose des naans façon pizza aux poivrons jaunes et rouges, mozzarella et salade mesclun.

Sa rondeur et ses épices douces lui permettent d’aller vers des plats qu’on n’associe pas spontanément au champagne, en particulier tout ce qui relève de la cuisine du monde un peu épicée. Servi à 7 ou 8 °C et pas plus froid, dans un verre à vin blanc plutôt qu’une flûte étroite, il donne le meilleur de son nez.

💡 Le saviez-vous ?

Le meunier doit son nom au duvet blanc et farineux qui recouvre le dessous de ses feuilles. De loin, on dirait que quelqu’un a renversé un sac de farine sur la vigne. Les Allemands, qui le cultivent aussi, l’appellent Müllerrebe, littéralement la vigne du meunier.

Pour qui cette bouteille, et pour qui moins

Je ne vais pas raconter que c’est le champagne de l’année. Ce n’est pas le sujet.

C’est une cuvée pour qui a envie de comprendre ce que le meunier apporte quand il n’a personne pour lui voler la vedette. À 36,90 € pour un premier cru extra-brut élevé quatre ans et tiré à moins de mille bouteilles, le rapport qualité-prix est franchement solide.

En revanche, qui cherche la tension minérale et la ligne droite d’un blanc de blancs passera à côté. Ce vin est ailleurs : plus rond, plus généreux, plus facile d’accès. Et il se boit dans les deux ans, ce n’est pas une bouteille de garde. Pour explorer plus large, il y a d’autres champagnes qui valent le détour.

Le meunier n’a jamais eu besoin d’excuses, juste de vignerons qui acceptent de le laisser parler seul.

🍷 Petit quiz : le meunier, on le connaît vraiment ?
Question 1/40%

1. Quelle part du vignoble champenois le meunier occupe-t-il à peu près ?

Environ un tiers des surfaces plantées. Le deuxième cépage de Champagne, et pourtant celui dont on parle le moins.

2. D'où vient le nom meunier ?

Ses feuilles ont l'air saupoudrées de farine. Les Allemands l'appellent d'ailleurs Müllerrebe, la vigne du meunier.

3. Un champagne extra-brut, ça veut dire quoi exactement ?

C'est une affaire de dosage, pas de vieillissement. Le zéro sucre absolu s'appelle brut nature ou dosage zéro.

4. Un blanc de meuniers appartient à quelle famille de champagnes ?

Le meunier est un raisin noir à jus blanc. Un 100 % meunier reste donc bien un blanc de noirs, avec juste une précision de cépage.

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Questions fréquentes sur le Blanc de Meuniers

Un blanc de meuniers, c’est un blanc de noirs ?

Oui. Le meunier est un raisin noir à jus blanc, donc un champagne élaboré uniquement avec lui entre bien dans la famille des blancs de noirs. L’appellation blanc de meuniers sert simplement à préciser qu’il n’y a pas une goutte de pinot noir dans la bouteille.

Quelle différence entre le meunier et le pinot noir en champagne ?

Le pinot noir apporte la structure, la longueur et une vraie capacité de garde. Le meunier joue la rondeur et le fruit immédiat, avec une acidité plus souple. Il résiste aussi mieux aux gelées de printemps, ce qui explique sa présence massive dans la vallée de la Marne.

Le meunier vieillit-il vraiment mal ?

C’est l’idée reçue qui lui colle à la peau depuis des décennies. Elle mérite d’être nuancée. Les cuvées bien élevées, comme celle-ci avec ses quatre ans sur lies, gagnent en texture et en complexité. Cela dit, ce champagne reste conseillé dans les deux ans, ce n’est pas un vin destiné à dormir dix ans en cave.

Que signifie extra-brut sur une étiquette de champagne ?

Cela indique un dosage compris entre 0 et 6 grammes de sucre par litre. Ici on est à 4 g/L, donc très peu de sucre ajouté après le dégorgement. Le vin se présente nu, sans rien pour arrondir les angles.

À quelle température servir ce Blanc de Meuniers ?

Entre 7 et 8 °C, pas plus froid. Servi glacé, il se referme complètement et ne livre rien de son nez. Quelques minutes dans le verre suffisent à le débloquer, et le mieux reste de le servir dans un verre à vin blanc plutôt que dans une flûte étroite.

Avec quoi boire ce Blanc de Meuniers ?

Il est parfait à l’apéritif, sur une planche de charcuterie et de fromages par exemple, mais il gagne à passer à table. Un tajine de poulet aux abricots et aux amandes, une tarte amandine, ou une assiette végétarienne un peu relevée. Sa rondeur et ses épices douces le rendent plus polyvalent que la moyenne.

Photo de Thibaud Lapacherie

À propos de l’auteur

Thibaud Lapacherie

BurdiVino • Blog vin
Bon vivant passionné par le vin, les spiritueux et toutes les bonnes choses, Thibaud partage sur ce blog ses découvertes et ses coups de cœur avec sincérité et simplicité. Sans se prétendre expert, il propose un regard personnel sur un univers riche et passionnant, guidé par le plaisir du partage et l’amour des choses authentiques.

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